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À propos

La philosophie d’intervention du Centre s’appuie sur des bases conceptuelles solides qui prennent en compte les données actuellement disponibles au plan scientifique et l’expérience clinique de son personnel. Elle se veut aussi une réponse adaptée aux besoins et réalités des clientèles desservies et aux visages changeants de la dépendance au Québec.

Conception de la dépendance

L’abus ou la dépendance à l’alcool et autres drogues est un des problèmes affectant la société québécoise. L’un et l’autre entraînent des méfaits sur le plan de la santé physique, psychologique et de l’environnement des personnes. Ils sont considérés comme facteurs causals, concomitants ou conséquents dans la plupart des problèmes de santé et de bien-être de la population québécoise (MSSS, 2003).

Le CRDM – IU propose une vision intégrée du phénomène de dépendance qui englobe tant la dépendance avec substance (alcool et drogues) que sans substance (jeux de hasard et d’argent, jeux électroniques et utilisation d’Internet). Cette vision élargie repose sur la démonstration de l’existence d’expériences et de comportements communs à toute forme de dépendance, dont :

un sentiment de perte de liberté et des préoccupations constantes au regard de ses habitudes de consommation, de jeux de hasard et d’argent, de jeux électroniques ou d’utilisation d’Internet ;

un usage incontrôlé (fréquence, quantité, temps), impulsif et non sécuritaire ;

des impacts dans une ou plusieurs sphères de la vie (affective, sociale, santé et professionnelle) ;

une incapacité à diminuer ou à s’arrêter ;

une accumulation de pertes (famille, amis, revenus, etc.).

Par-delà ces points communs, chaque type de dépendance présente d’autre part des spécificités devant être prises en considération en contexte d’intervention.

Telle que conceptualisée par le Centre, la dépendance est le résultat d’un processus impliquant une interaction entre la personne elle-même, son environnement et l’objet de la dépendance. Elle se situe au point limite d’un continuum regroupant plusieurs types de consommation : abstinence la plus totale ; usage récréatif, occasionnel, régulier ; abus ou dépendance plus ou moins sévère.

La substance elle-même ou les habitudes de jeux ne sont pas l’unique cause de la dépendance qui se définit comme un phénomène complexe, dynamique et multidimensionnel dont les origines et les conséquences peuvent être d’ordre biologique, psychologique et social.

Selon le profil des personnes, la dépendance peut en outre s’avérer ponctuelle ou chronique.

Le caractère ponctuel rappelle le continuum et suppose que les habitudes de consommation d’une substance psychoactive (SPA) ou de jeux peuvent évoluer dans l’une ou l’autre des directions.

Suivant cette logique, la dépendance peut être considérée comme un phénomène réversible et transitoire, ayant un début et une fin. Le caractère chronique de la dépendance suppose quant à lui que certains individus dépendants ont besoin de soins continus non intensifs entremêlés d’épisodes de soins aigus.

L’état actuel des connaissances ne permet pas de déterminer quelle portion des usagers présente un profil ponctuel ou un profil chronique (ACRDQ, 2010). Il est toutefois probable que les personnes ayant un profil chronique soient plus nombreuses dans les centres de réadaptation en dépendance (CRD ) compte tenu de la mission de ces derniers et de la clientèle qui est rejointe.

Conception de la réadaptation

La conception de la réadaptation mise de l’avant par le Centre s’inscrit en continuité avec les orientations définies par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dans son offre de service 2007-2012. Elle s’inspire de plus des pratiques reconnues en dépendance, notamment celles émanant de l’infrastructure de recherche du CDRM – IU et de l’Association des centres de réadaptation en dépendance du Québec (ACRDQ).

Par son caractère multidimentionnel, la dépendance doit être abordée globalement, et non de façon isolée. En ce sens, le Centre croit à la portée d’une intervention biopsychosociale qui prend en compte toutes les facettes de la vie de la personne et des caractéristiques souvent associées à la dépendance (troubles concomitants de santé mentale, problèmes judiciaires, situation d’itinérance, etc.).

La réadaptation est ainsi conçue comme un processus d’évolution personnelle par lequel un individu peut reprendre progressivement du pouvoir sur sa vie et se reconstruire un équilibre physique, psychologique et social.

En s’intéressant principalement à la relation de l’individu avec l’objet de sa dépendance et aux facteurs qui l’ont amené à perdre sa liberté à l’égard de cet objet, le but de la réadaptation est de l’aider à s’affranchir, du moins partiellement, de la dépendance qu’il a développée, et de faire émerger des compétences favorisant le bien-être personnel, des rapports sociaux plus satisfaisants et un degré optimal d’autonomie au sein de la communauté.

Cette conception humaniste de la réadaptation est fidèle au modèle développé par Monsieur Dollard Cormier axé sur l’autoactualisation des personnes et l’intégration des sphères biologique,psychologique et sociale (Cormier, 1984 ; 1988 ; Ploudre et Quirion, 2010).

Par ailleurs, en accord avec les principes de réduction des méfaits voulant que l’abstinence ne soit pas la seule finalité possible d’une démarche de réadaptation, ni même une condition d’accès aux services, les interventions de réadaptation peuvent viser la diminution, l’arrêt ou la réduction des effets négatifs liés à la dépendance, ceci en tenant compte des clientèles visées et de la nature des services offerts.

La réadaptation intègre également deux dimensions essentielles, soit la désintoxication et la réinsertion sociale des personnes. La désintoxication comporte différents niveaux de services. Son but consiste à sevrer une personne de façon efficace et sécuritaire, en lui offrant des services en réponse à ses problèmes biomédicaux, émotionnels et comportementaux.

Pour certains, elle est une étape préliminaire au processus de réadaptation (ACRDQ, 2008).

La réinsertion sociale considère pour sa part, expériences à l’appui, que la situation d’emploi de même que le réseau social et de loisir des personnes dépendantes doivent être pris en compte si l’on veut que l’intervention de réadaptation soit efficace. Elle vise à augmenter l’autonomie de la personne par le développement d’habiletés liées à plusieurs sphères telles que le travail, la santé, la socialisation, etc. (ACRDQ, 2004).

Finalement, le développement de la motivation, l’implication et l’engagement de la personne dépendante et des membres de son entourage sont au coeur de la conception de la réadaptation du CRDM – IU. La relation avec les usagers se construit à l’intérieur d’un cadre thérapeutique reconnu et sécuritaire qui se caractérise par l’absence de jugement, l’authenticité des intervenants et l’acceptation de la personne. Ces conditions permettent le développement d’une alliance thérapeutique considérée comme un des principaux facteurs de succès dans le traitement des dépendances.

Approches cliniques préconisées

Le modèle biopsychosocial et les principes de réduction des méfaits guident l’ensemble des interventions de réadaptation du CRDM – IU auprès des usagers. Ils donnent lieu à plusieurs approches cliniques aussi importantes les unes que les autres : les approches thérapeutiques, les approches psychoéducatives et éducatives ; les approches en soins infirmiers ; les approches de soutien et d’accompagnement.

Ces approches ont des bases théoriques reconnues, notamment cognitive-comportementale, humaniste, psychodynamique, systémique, motivationnelle ou le modèle McGill en soins infirmiers.

Les connaissances actuelles dans le domaine des dépendances ne permettant pas de désigner une approche comme supérieure à une autre, leur multiplicité est considérée comme une richesse au Centre.

L’évaluation des différentes sphères de vie de la personne mène à l’élaboration d’un plan d’intervention individualisé (PII) ou d’un plan de services individualisés (PSI), si requis. Validé par la personne, ce plan se veut le reflet le plus exact possible de ses difficultés et de ses cibles prioritaires de changement. Il scelle d’autre part l’alliance thérapeutique établie entre l’usager et l’intervenant.

En conclusion, les approches cliniques préconisées par le Centre se fondent sur des données probantes (consensus scientifiques ou pratiques spécifiques sur le plan clinique et organisationnel),des consensus d’experts ou des traitements jugés efficaces (traitements bona fide). Elles se traduisent par des modalités d’intervention offertes par des équipes cliniques qui regroupent des intervenants ayant des corpus disciplinaires professionnels variés. Ces derniers sont soutenus dans l’exercice de leurs fonctions par les travaux de différents chercheurs. La concertation, la collaboration et la mise en commun d’expertises diverses permettent de dispenser les meilleurs soins et services possibles. D’autres acteurs de la communauté – partenaires de la santé et des services sociaux et organismes du milieu – susceptibles de contribuer à l’amélioration de la situation des personnes dépendantes, sont aussi sollicités dans une perspective de travail en réseau.

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